En déplacement à Antsiranana, The Times of
Madagascar interviewe le général Mounibou Ismaël,
officier général à la retraite qui était chef d’Etat-Major
des armées sous Didier Ratsiraka. C’est un peu
impressionnée que je pénètre dans sa maison,
m’attendant à trouver un personnage sévère. Il
m’accueille en tee- shirt entouré de son épouse
et de se petite fille. Rencontre avec un homme sensible,
qui ne mâcha pas ses mots mais profondément humain.
TTOM : Tout
d’abord je souhaiterais prendre des nouvelles de votre
santé.
Général Mounibou : Ce va beaucoup mieux, je vous
remercie.
TTOM :
Etes- vous toujours en contact avec l’ex- président
Didier Ratsiraka ?
G.M. : Non. Depuis son départ en 2002, je n’ai plus de
nouvelles de lui. Je n’ai pas à relancer un président
de
la République. Je
n’ai pas vocation à cela. Il lui appartient de me
toucher s’il le voulait.
TTOM :
Votre fils est membre de
la Hat
, cela rend- il la communication plus difficile entre vous
?
G.M. : Absolument pas ! C’est son combat et je suppose
que cela ne doit pas être facile tous les jours pour lui.
Nous ne nous voyons pas souvent, cependant il nous arrive
de parler politique.
TTOM : A
l’initiative des trois mouvances, on attend
aujourd’hui de grandes manifestations, particulièrement
à Antananarivo et Antsirabe, craignez- vous des débordements
aussi violents qu’en février ?
G.M. : Je ne voudrais pas que mes paroles soient mal
interprétées mais j’ai le sentiment que le jeu est de
pousser le pouvoir actuel à commettre les mêmes erreurs
que ce 7 février. Je trouve immoral et, sincèrement, je
ne comprends pas que des personnes de la classe de
Ratsiraka ou Zafy incitent les gens à revenir en arrière.
TTOM :
Dans une telle hypothèse, pensez- vous que les militaires
vont intervenir et dans quelles mesures ?
G.M. : Je ne sais pas jusqu’où cette situation peut
dégénérer. Les trois mouvances n’essaieraient- elles
pas d’avoir le pouvoir au bluff ? Si oui, ne serait- ce
pas immoral sachant très bien ce qui peut en découler ?
Je pense que la position de l’armée devrait être définie
dès maintenant. Je sais aussi que jouer sur le bon
vouloir des forces de l’ordre est assez dangereux pour
tout le monde.
TTOM : Et
le Capsat ?
G.M. : C’est un régiment d’administration, de
contrôle. Ce n’est pas lui qui a fait le truc, ce sont
les autres qui étaient réunis au sein du corps de
Soanierana où se trouve le Capsat. Mais ce n’est
absolument pas une unité combattante.
TTOM :
Pour quelles raisons le pays en est- il arrivé là ?
G.M. : Il y a un paradoxe. La vie était loin d’être
facile sous Ravalomanana. On a traité Ratsiraka de
dictateur mais il n’a pas fait le dixième de ce qu’a
fait Ravalomanana en seulement 7 ans. Il a même confondu
la gestion privée de Tiko Industries avec celle de
Madagascar. Pourtant, la communauté internationale a fermé
les yeux sur le pillage qu’il était en train de faire.
Finalement, il abdique et remet les pouvoirs aux
militaires qui les rendent aux civils. Et maintenant, les
Nations Unies condamnent cette attitude. Veut- on redonner
le pouvoir à Ravalomanana ? Que reproche-t-on à Andry ?
Son âge ? Il n’a pas fait un hold-up, ce sont les
militaires qui sont venus lui remettre le pouvoir. Je
voudrais qu’on m’explique.
TTOM : On
dit que
la France
a une part de responsabilité dans ce coup d’Etat.
Qu’en pensez- vous ?
G.M. :
La France
devrait être le chef de file à Madagascar, devant toute
la communauté internationale. Elle connaît mieux son
histoire et la politique que n’importe quel autre pays.
Le seul reproche que l’on puisse faire, c’est de s’être
alignée, en 2002, auprès des Etats- Unis lorsque ceux-
ci ont condamné Ratsiraka. Rappelons que ce dernier avait
affirmé, lors d’une conférence de presse, que Oussama
Ben Laden était un pur produit de
la CIA. Aujourd
’hui, je ne pense pas qu’elle soit responsable des événements
actuels.
TTOM :
Comment appréhendez- vous la situation actuelle ?
G.M. : C’est inexplicable ce qu’il est arrivé.
Pourquoi faire appel à deux anciens présidents, l’un
empêché depuis 13 ans, et l’autre parti depuis 7 ans
pour renverser les choses ? Je trouve cela un peu dégueulasse
et ce n’est pas en l’honneur des politiques malgaches
ni des politiciens. Je ne dis pas qu’Andry n’a que des
qualités mais qu’on arrête de lui mettre des bâtons
dans es roues. Laissons lui la chance de faire ses
preuves.
TTOM :
Vous êtes en train de dire que les Malgaches manquent de
patience en politique ?
G.M. : On ne peut pas dire combien de temps il faut pour
reformer le pays. On est dans certains cas très patients.
Pendant les moments difficiles, l’opposition râle mais
ne tentera pas de prendre les pouvoirs, elle sait qu’il
ne faut pas. S’il y a manifestation, c’est qu’elle réalise
que c’est maintenant qu’il faut renverser la
situation.
TTOM :
Madagascar est soutenu par des bailleurs, craignez- vous
qu’ils gèlent leurs aides ?
G.M. : Oui. Et c’est un peu du bâton et de la carotte
que je n’aime pas beaucoup. C’est un chantage déplorable
et un peu passé de monde. Bientôt plus personne
n’acceptera ce type de dialogue, qui n’en est pas un
d’ailleurs. La communauté internationale décide quand
elle veut venir en aide ou pas. C’est dévalorisant pour
les Malgaches. On les infantilise.
TTOM :
C’est mettre les gens que l’on aide dans une position
de faiblesse ?
G.M. : Absolument ! On punit les dirigeants en prenant en
otage les populations. Ils ont essayé en Iran, en Irak et
on a très bien vu que ce système ne marchait pas à la
longue. Il faudrait trouver autre chose. Epuiser les voies
de recours en dialogue avant de passer à autre chose.
TTOM :
Pour finir, je sais qu’il existe un regroupement des
anciens Généraux à la retraite, en faites- vous partie
?
G.M. : Oui par la force des choses mais je n’ai jamais
pu assister à une réunion car je suis le seul excentré,
les rencontres se réalisant à Tanà.
TTOM : Au
vu des évènements, quel rôle devrait jouer l’armée ?
G.M. : Compte tenu de l’impasse dans lequel se
trouve le pays, l’armée devrait plus que jamais jouer
son rôle de garant de notre souveraineté et le dernier
rempart quant à toutes velléités de guerre civile. A
cette fin, il lui faut absolument retrouver son unité et,
je pense que les chefs actuels, face à ce défi, sauront
le relever
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