Avec nos envoyés spéciaux à Addis Abeba, Jean-Karim
Fall et Christophe Boisbouvier
L’usage, dans l’organisation ne prévoit pas ce cas
de figure : la prolongation du président sortant. Un
candidat a donc été choisi, notamment par l’Afrique
australe, c’est le président du Malawi. Le bras de fer
entre partisans et adversaires du colonel Kadhafi risque,
cette année encore, d’occulter les autres questions et
notamment celle de la dramatique situation de la Somalie.
La Somalie livrée aux milices islamistes où l’Union
africaine entretient difficilement quelques milliers
d’hommes, des Ougandais et des Burundais.
Le président de la Commission de l’Union africaine tire
depuis une semaine la sonnette d’alarme pour sortir les
Etats africains de leur relatif désintérêt. L’avenir
de l’Afrique se joue en Somalie, a-t-il affirmé. Mais
pour l’instant, seuls les Djiboutiens ont répondu à
son appel avec l’envoie de quatre cents hommes.
Désintérêt de l’Afrique, mais aussi de la
communauté internationale. Le secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-moon, reconnaît que l’envoi des
casques bleus à Mogadiscio n’est pas à l’ordre du
jour : « D’un point de vue pratique et si on
veut être réaliste, ce n’est peut-être pas possible
à ce stade, parce qu’il faut pour maintenir la paix,
qu’il y ait une paix à maintenir ».
La question de la relève des soldats de l’Union
africaine par des casques bleus des Nations unies n’est
donc pas d’actualité.
|
"L’agaçant
forcing du colonel Kadhafi"
|
Il faut que le guide comprenne qu’il ne
peut pas tout monopoliser au sein de l’Union
africaine, nous a confié le ministre des
Affaires étrangères d’un pays pourtant très
proche des thèses libyennes depuis quelques
années. Si le guide s’obstine, il va
provoquer une fracture avec les Etats d’Afrique
australe et d’Afrique de l’Est, ajoute
notre ministre.
Le colonel Kadhafi sait bien qu’en vertu
de la charte de l’Union africaine, il
devrait passer le relai à un chef d’Etat
d’Afrique australe, en l’occurrence le président
du Malawi. Mais le guide est frustré. En un
an, il a eu à peine le temps de lancer son
projet d’autorité supranationale qui doit
remplacer la commission de l’Union
africaine.
Quelles seront les compétences de cette
autorité, aura-t-elle de vraie pouvoir ?
Depuis quelques mois, beaucoup de chefs d’Etat
esquivent ces questions et font le dos rond.
En fait, ils attendent que le colonel Kadhafi
quitte la présidence de l’UA pour essayer
ensuite d’enterrer le projet. Et le numéro
un libyen n’est pas dupe, c’est pourquoi
il tente de garder son fauteuil.
Jeudi dernier, le ministre libyen des
Affaires étrangères, Moussa Koussa, a lâché
devant ses pairs : « Si la réforme
de la commission se limite à un changement de
nom ce n’est pas la peine d’aller plus
loin. »
Le colonel Kadhafi essaie de passer en
force, mais il se heurte à une farouche résistance
|