|
Le
meeting des légalistes, hier à Ambohijatovo, a viré à
la casse. Des voitures et des magasins ont été endommagés.
Un ressortissant français a été blessé.
Il est presque 11 heures quand un groupe de jeunes se
rue vers Ambatonakanga. En moins d’une minute, la
plupart des boutiques ayant pignon sur rue dans le
quartier ferment leurs portes. Quelques détonations se
font entendre et une petite colonne de fumée blanche
apparaît du côté d’Ambohijatovo.
«Et
c’est reparti, cela ne se calmera donc jamais», soupire
une jeune femme, participant à un atelier de formation
qui se déroule dans un centre du quartier. Ce qu’elle
aperçoit de la fenêtre de la salle où elle se trouve,
ne semble pas l’inciter à l’optimisme. Des jeunes
gens malmènent un panneau de signalisation pour en faire
une barricade de fortune, tandis que d’autres transportent
de grosses pierres pour ériger un barrage, obligeant les
automobilistes à changer d’itinéraire.
Quelques minutes plus tard, une demi-douzaine d’éléments
de forces de l’ordre, armés de Kalachnikov et casqués,
dégagent la route. Un semblant de calme revient dans le
quartier mais pas pour longtemps. Le groupe de jeunes,
munis de pierres et de pavés, réapparaît, semant
de nouveau la terreur parmi les habitants et les passants.
«Antananarivo n’est pas qu’à vous», marmonne l'un
d'eux, replaçant les barrages là où son groupe les
avait mis plus tôt.
La même scène se rencontre un peu partout dans les
environs d’Ambohijatovo, ce vendredi 11 septembre. Tout
commence quand, vers 11 heures, les forces de l’ordre décident
de disperser les quelques centaines de partisans de
l’ancien président Marc Ravalomanana rassemblés devant
le portail du parc d’Ambohijatovo. En première ligne se
trouvent Raharinaivo Andrianatoandro, porte-parole du
Tiako i Madagasikara, le révérend Andrianalijohn
Ndriamanampy alias Satrobory et Ambroise Ravonison dit
Tonton.
Trois
blessés
Sous les jets de grenades lacrymogènes et les tirs
en l’air, les manifestants se sont éparpillés, mais
tous ne sont pas rentrés. Des bandes de jeunes sont
partis semer la pagaille dans le centre-ville. À
Analakely, les «troupes de choc» s’en sont pris aux
particuliers et à certaines infrastructures publiques.
Des cabines téléphoniques ont été cassées, la
devanture d’un hôtel a été saccagée, des voitures
ont vu leurs vitres brisées et leur contenu vidé. Dans
d’autres quartiers, comme Ambondrona ou Antaninarenina,
ce sont des piétons qui se sont plaints d’avoir été
victimes de vols à la tire.
Jusqu’ici, la gendarmerie affirme avoir arrêté neuf
personnes, mais assure n’en avoir blessé aucune. Trois
personnes ont toutefois été admises au service des
urgences de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona.
Les grenades lacrymogènes ont indisposé une femme qui a
dû être réanimée. Un jeune homme a dû être conduit
aux urgences après s’être pris les pieds dans l’une
des grilles de sécurité de l’hôtel que des pillards
ont tenté de saccager. Le cas le plus grave est celui
d’un ressortissant étranger dont la tête a été
fracassée avec une grosse pierre, et dont le véhicule
a été délesté de presque tout ce qu’il contenait, à
l’exception d’une Bible.
Encadré
Des condamnations réciproques
Gouvernement et dirigeants du mouvement pro-Ravalomanana
se rejettent la responsabilité des événements d’hier.
Le Premier ministre Monja Roindefo a «condamné
vigoureusement ces actes», au cours d’une déclaration
à
la Nation
, hier à Mahazoarivo.
Le chef du gouvernement évoque une volonté de créer des
troubles derrière le rassemblement en citant, entre
autres, la saisie d’une voiture «bourrée de cocktails
Molotov». Il exhorte les victimes à porter plainte et
promet des poursuites.
Dans son communiqué, le Tiako i Madagasikara,
organisateur de la manifestation, condamne également ce
qui s’est passé. La formation politique fondée par
l’ancien président Marc Ravalomanana pointe du doigt
les forces de l’ordre et leur «comportement répressif
et provoquant(…) vis-à-vis des manifestants pacifiques
et non violents qui réclament la démocratie et
l’application des accords politiques de Maputo». Elle
laisse en même temps entendre son intention de revenir à
la charge ce jour à Ambohijatovo.
|